Présentation

Né en mai 1981, dans le Val d'Oise, géographe de formation, diplômé du Brevet Technicien d'Art Graphique, option cartographie, du lycée Maximilien Vox (Paris 6ème) en 2001, puis licencié de géographie, option aménagement du Territoire de l'Université Paris VIII en 2008, je suis actuellement, photo-interprète en reconnaissance forestière à l'Institut National de l'Informatique Géographique et Forestière (IGN).

Voyageur et touché par le monde qui m'entoure, j'ai ressenti au départ le besoin d'exprimer, je ne sais pour quelles raisons ce que j'avais dans le ventre. J'ai commencé par la peinture, l'apprendre, pour exprimer mes propres sentiments et de les confronter à un public, puis, la maturité aidant, j'ai choisi d'exprimer non plus mes sentiments internes, mais ceux qui font de moi un Homme parmi les autres. Pour ne plus parler de moi, mais parler de nous.

 

Voici comment tout a commencé

"Mathieu, vous êtes un excellent coloriste"

Ce compliment est le point de départ de mon histoire avec la peinture. Merci Monsieur Pinchon, je ne l'oublierai jamais.

C’est en 2001 qu’eut lieu le déclic. Cet art pour lequel je n’avais pas d’attirance particulière est soudainement devenu obsessionnel. Les lignes, les limites qui caractérisent le figuratif m’ont toujours ennuyées. J’allais désormais découvrir les couleurs, et avec elles, les formes qu’elles prennent et qui ramènent mes sens à leur état originel, l’émotion.

Chaque tableau est pour son auteur la recherche d’une émotion, un voyage à travers des choses enfouies que l’on nie, par pudeur, par mépris aussi ou bien parceque l’on ne conçoit pas que cela puisse exister.

Je n’imaginais pas aimer les couleurs avant la remarque de monsieur Pinchon, avant cette étude sur ce Delacroix. Une reproduction du tableau « les Femmes d’Alger dans leurs appartements » dont il nous était demandé de revisiter les couleurs. Pour moi, si le travail de reproduction était particulièrement fastidieux, pour ce qui concerne l’interprétation des couleurs, mon plaisir fut total. Celles-ci se déposaient de manières évidentes, c’était simple et harmonieux. Certes le résultat n’avait rien d’artistiquement génial, mais je peux dire que c’est là que tout a commencé. L’éveil du besoin m’était ouvert. Il me fallait avancer dorénavant, je ne pourrais plus jamais reculer.

Les débuts furent difficiles, timides, presque honteux. Personne ne devait savoir que j’aimais ça, ce que j’en faisais. Alors discrètement, avec le matériel acheté pour mon année de lycée, dans ma chambre, chez ma Grand-mère Jeannette, à Eaubonne, j’ai rempli des feuilles Canson, et le plaisir, l’envie de continuer a grandi.

 

Puis très vite, une rencontre va bouleverser ma vie…

Un lieu d’abord, un appartement musée, une chance curieuse, et des tableaux, des maîtres pour moi tout seul… Klee, Van Gogh, Derain, Toulouse Lautrec, Picasso, Gauguin, Ensor (que je n’aime pas), Laurencin, Warhol, Géricault, et le Manet…le plus beau de tous, un pastel du visage d’une jeune femme, d’une infinie pureté.

A 20 ans, presque béotien, par nonchalance, j’entre dans un monde, où la suprême maîtrise de ce qui va devenir mon obsession s’offre à moi seul. De ce temps passé avec ces chefs d’œuvres, et avec leur propriétaire, Pierre Bergé, de mes interrogations à nos discussions, se forgeai mon Moi artiste.

Beaucoup de mes tableaux y ont d’ailleurs été peints, comme si je devais me nourrir de ce lieu, quand j’y repense et au moment d’écrire ces lignes, je ne peux m’empêcher de songer à la chance que j’ai eut ; c’est étrange la vie.

 

Aussi il me fallait passer à autres choses, à la toile, à l’huile au pinceau, au couteau. Tête baissée j’y suis allé. Les premières œuvres…confidentielles… le regard des autres, la méfiance presque maladive devant les critiques, le désintérêt ostensible de certains furent difficiles à assumer. J’y suis arrivé, car dans mon ventre, la boule qui m’étreint est la plus forte. Avant de tomber amoureux d’une femme, j’ai d’abord été amoureux de mes tableaux… c’est bien plus tard que je l’ai compris et finalement je trouve cela assez amusant.

J’ai donc du assumer mon travail de création, ce qui n’était pas évident au début, et objectivement il n’était pas bon, je n’ai d’ailleurs quasiment rien conservé. D’abord pour des raisons financières, les toiles coutent cher, et garder un tableau que l’on n’aime pas n’a pour moi pas de sens. Je ne montre que ce que je considère comme beau, harmonieux ou même intrigant.

Ma démarche alors a pris un sens. J’ai aussi du me demander pourquoi, et à qui je voulais montrer mes œuvres. Pour moi tout d’abord, mais après ? Je ne pouvais pas uniquement les garder égoïstement. D’autres aussi ont le droit de les aimer. La construction d’une démarche m’a un temps été ennuyeuse, puis j’ai compris que des questions sur la direction donnée à ma peinture m’entrainerait vers une exigence sans intérêt à mon sens et qui, disons le sans ambages, m’ennui profondément… Mais il faut toutefois savoir se plier à quelques règles…

Si les gens aiment, et si je le désire, je dois être cohérent. Mes tableaux sont alors devenus alors plus techniques, plus aboutis. J’ai recherché autre chose que des aplats, le couteau a pris de plus en plus de place, et mon jeu est devenu plus automatique.

 

Bien sur, il m’arrive de buter sur certaines toiles. Comme devant un animal qu’on ne peut dresser, le temps et la patience sont alors nécessaires…les résultats toujours surprenants.

Mon tableau « Chemins de Traverses » que j’ai offert à Pierre Bergé en est le parfait exemple. Il est le fruit d’une bagarre, d’un hasard, d’un accident. Pierre Bergé m’a dit un jour, que certains choisissaient les autoroutes, mais qu’il a lui a toujours pris les chemins de traverses. Les voies des hasards, des surprises, des émotions. Celles qui font grandir et qui enrichissent. Ce tableau était l’illustration de ce qu’il m’avait dit. D’autres suivront.

 

Les gens commencent à aimer, certains achètent. Je passe devant des galeries, immanquablement je compare. La confiance grandit en mon travail. Le cercle se forme. Je souhaite de plus en plus créer, plus seulement pour moi, mais pour les montrer.

La satisfaction de voir mon travail apprécié, la peur de la critique négative n’est plus présente. Bien sur je l’accepte, je le dois. Mais maintenant, mon travail est solidement encré en moi et je l’assume pleinement. Je ne triche pas, les gens le savent, je n’ai plus de problème de crédibilité. Quelques expositions dans divers bars parisien, des inconnus qui complimentent, et voilà. Je suis peintre. C’est mon droit désormais de le dire. 8 ans pour cela, pour que j’en sois pleinement convaincu.

Mais maintenant, il faut produire. Et de ce côté-là, le manque de moyen et de place me font défaut. Je ne peins que dans mon paradis, cet appartement - musée, un mois, en août, et puis c’est fini. Je dois être seul, au calme, prêt. Jamais nulle part ailleurs je ne retrouve ces conditions. Ma production ne dépasse pas les 5 ou 6 tableaux par an. C’est peu, je tourne en rond. J’ai pourtant une irrépressible envie d’y aller. De me battre sur ces toiles, toujours de plus en plus grandes. Je découvre des nouvelles couleurs, boulimique, mais il me faut un endroit où à chaque instant, je puisse trouver la liberté de peindre sans contrainte.

 

Nous sommes en 2011, j’ai trente ans. 10 ans ont passé, et je ne peux pas parler de moi sans évoquer cet homme qui par nos discussions, nos longs silences, notre éloignement aussi, m’a fait devenir ce que je suis.

La chance de mes débuts n’a aucun sens si je dois avancer tout seul. De ma relation avec Pierre, est né, je le crois et l’espère, une vraie sincérité. Nous ne nous devons rien, mais je lui dois tant. Il a changé ma vie, malgré lui. La sait-il seulement ? Je le lui aie dit, je ne suis pas certains qu’il en soit pleinement conscient. J’ai vécu des choses grâce à lui et ça il le sait.

L’heure m’était venue, un jour de décembre, de lui demander de l’aide. Les mains moites, le cœur serré, les angoisses de mes débuts, 10 ans plus tôt qui rejaillissent, je rentre dans son bureau et j’ose. Il me dit oui. Il va m’aider. Je lui offre « chemins de traverses » que j’avais apporté. Il refuse d’abord le cadeau, mais je lui explique que c’est important pour moi et lui raconte ce qu’est ce tableau dans l’ensemble de mon œuvre, il l’accepte, il me parle de Fautrier, j’ai honte je ne connais pas… Je connais maintenant.

Il m’aide, et aujourd’hui, grâce à sa générosité, je peins quand je veux. Je peins mieux aussi.

 

Dans ma démarche aujourd’hui, l’angoisse se déplace. Ce ne sont plus les tableaux qui posent des questions, mes émotions transparaissent et ce sont vers elles, vers leur naissance que je dois maintenant me diriger.

Je suis en train de comprendre ce chemin. Mes tableaux changent aussi. L’âme que j’y mets murît et les mots que je viens d’écrire l’explique.

Mon plaisir est intact le même qu’avec « Les Femmes d’Alger dans leurs appartements ».